Mercredi 10 décembre 2008
Six mois après mon arrivée sur le cône sud du continent américain, dont l'essentiel passé à plus de 3 000
mètres dans les Andes boliviennes, et 27 heures en bus, je retrouve un air de civilisation " occidentale " en posant le pied à Santiago, 3 jours avant l'élection de
Michelle Bachelet en janvier 2006. Tandis que l'Europe est transie de froid, les jeunes du Brésil, d'Argentine ou de Colombie profitent de leurs vacances d'été de janvier et février et
sillonnent sac au dos les routes des plages. Mais moi, ayant fait une pause balnéaire de 48 h à Arica (nord du pays) après avoir quitté La Paz, j'ai passé un mois de
canicule dans une ville de bitume calorifère et d'acier thermogène. Un mois à Santiago, c'est trop. Seulement, j'avais assez peu d'argent et la possibilité d'être
hébergée gratuitement, alors, dans un pays dont le niveau de vie est le double de celui de la Bolivie, j'ai dû surveiller de près mon porte-monnaie. Et puis, je déteste me balader
d'un endroit à l'autre, d'un jour à l'autre, j'aime passer du temps dans un même lieu. M'attarder dans la capitale chilienne, à une période où j'avais besoin de retrouver un cadre urbain
familier, était ce qu'une routarde paradoxale pouvait trouver de plus rassurant.
" Routarde paradoxale ", je l'étais. Si j'essaye de définir ce que j'entends par là, je dirais que le
besoin de la route se fait viscéralement sentir lorsque l'on passe trop de temps dans les murs d'une même ville. Le besoin de la route, c'est celui de partir, fuir, découvrir,
rencontrer, ne pas s'attacher... Mais le besoin de stabilité matérielle rend pénible tout changement de lieu et de repères trop fréquents, comme le déballage-remballage du sac à dos, en arrivant
le soir et repartant le matin suivant, et paralyse le vagabondage de l'esprit. D'un autre côté, l'incertitude du lendemain participe à l'adrénaline du voyage et ne pas savoir où l'on va
dormir le soir se vit sans inquiétude. Voilà ce qui me qualifiait à l'époque de ces 10 mois passés sur le continent sud-américain. Dix mois où j'ai justement essayé de me déplacer le minimum. Je
suis peut-être plus légère à présent... Ceci dit, comment comprendre l'envie soudaine de lire " Une journée d'Ivan Denissovitch " de Soljénitsyne, que je trimballais dans mes bagages, vers
la moitié de mon séjour à Santiago ? M'évader dans un goulag d'une Russie prise dans les glaces de l'hiver était sûrement devenu nécessaire après 15 jours de confort stable, rassurant,
épuisant de chaleur. Plus prosaïquement, j'avais surtout envie de me débarasser de mes livres en les laissant à Pablo, mon hôte francophile.
J'ai connu Pablo à Paris, venu rendre visite à sa copine américaine, Tiffany, assistante d'anglais dans le
lycée où je travaillais. Au premier instant, j'ai su que ces deux-là ne resteraient pas longtemps ensemble. Et je trouvais Pablo bien intéressant. Mais il semblait être très amoureux de
Tiffany et je ne voulais pas nuire à une amie, même si je savais qu'elle et moi ne nous fréquenterions pas très longtemps. D'ailleurs, Pablo ne s'intéressait pas à moi, et pas d'avantage
lorsque la séparation eut lieu sous mes yeux 6 mois plus tard, le soir du 31 décembre à New-York ! ! ! Une histoire rocambolesque... Dans les mois qui suivirent, je finis par perdre contact
avec Tiffany et prenais de temps en temps des nouvelles de Pablo. C'est donc en toute logique que Pablo, vivant un temps à New-York et retourné depuis dans sa ville natale de Santiago, accepta de
me recevoir chez lui lorsque je viendrai 2 ans plus tard. C'est aussi en toute logique que je suis arrivée avec l'espoir que... la petite flamme... enfin, vous comprenez.
A suivre...
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