Ma vie à Hambourg

Samedi 6 juin 2009 6 06 06 2009 00:28
Je me souviens d'Abir
Un sourire magnifique, des yeux pétillants
Des mains qui dansent avec élégance

Une bien jolie personne
Une présence, au bureau, qui rayonne
Un bout de tissu encadre son visage doré

Les rues de Hambourg ont de la chance
Y passe un joli voile qui se balance 
Celle qui promène un charme fou
Et qui s'habille avec goût
De la tête aux pieds.
Par Anne-Sophie G - Publié dans : Ma vie à Hambourg - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 12 2008 23:43

Le temps passe tellement vite, les ordinateurs se cassent, comme les cheveux un soir d´hiver... Cette phrase ne veut rien dire d´autre que : je n´ai rien écrit depuis plus d´une semaine sur mon blog, car je suis un train de plancher dur sur un texte d´un nouveau genre dont le résultat sera bientôt visible ici ; je suis contente de pouvoir enfin exprimer (presque) correctement dans ce récit ma pensée, qui n´exige au fond rien d´autre qu´un bon niveau en grammaire et orthographe de la langue française, alors je me suis offert le plaisir d´écrire une phrase qui n´a aucun sens, surtout sans devoir m´astreindre à réfléchir au sens, au rythme, aux sonorités... ; je vous écris depuis l´ordinateur de Doerte, qui a donc un clavier allemand, sur lequel j´ignore où se trouve l´apostrophe, c´est pour cela que je la remplace par un accent aigü, et croyez-bien que je ne vais pas passer mon temps à la chercher, j´en passe déjà assez à taper des accents graves ; l´ordinateur, que ma prêté le réparateur de mon ordinateur portable, toujours dans son atelier de Pontoise, est tombé en panne : je me demande si ce ne sont pas les neurones du réparateur qui sont en panne ; enfin, les femmes se plaignent toujours de leurs cheveux.

Et comme transition je dirais : je n´ai vraiment pas beaucoup lu Proust, mais suffisamment pour être influencée par la longueur de ses phrases. Les miennes ne sont pas toujours très courtes, elles le seront de moins en moins. Ou alors, est-ce un moyen de libérer une palabre qui n´a guère de place dans la langue allemande, celle-ci obligeant à structurer des phrases condensées. Alors, quel plaisir de donner libre cours à une fantaisie qui trouve naturellement sa place dans ma langue maternelle... Mais je n´en dirai pas plus, je parle de ce qui me déplait du monde germanique avec affection pour la région où je suis et m´agace de l´esprit frondeur des Français à leur égard, souvent mal fondé.

Ma transition fut bien longue, d´ailleurs, ayant du linge à étendre à bientôt minuit (Vous connaissez la chanson : on n´arrive jamais à comprendre comment on fait pour reproduire toujours les choses que l´on voudrait changer -- maman, arrête de ricaner sur ta fille qui fait tout à la dernière minute), je vous raconterai ce que j´avais prévu une prochaine fois. Et je suis contente d´avoir délié mes doigts quelques instants, comme de placer régulièrement une conjonction de coordination en début de phrase. Et je voulais vous dire que je ne vous oublie pas, chers visages du passé et visiteurs de passage...




Par Anne-Sophie G - Publié dans : Ma vie à Hambourg - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Lundi 10 novembre 2008 1 10 11 2008 23:13
Ce soir, j'ai eu mon 2è cours de théâtre -- si on peut appeler ça un cours de théâtre. Pour 35 euros, cela fera quand même l'affaire, à raison de 8 à 10 rendez-vous de 2 h chacun, sauf qu'ils sont déjà réduits à 1 h 30, crise financière oblige... Précisons toutefois que ce cours est proposé par l'université, qu'il est donc ouvert aux non-étudiants, or l'université est constamment en crise financière... Manque de moyens (bien que le semestre d'études coûte... 500 euros ! -- une réforme controversée qui est quasi généralisée dans le pays), donc manque de locaux, manque de personnel, etc. Et nous sommes obligés de pousser les tables d'une salle de cours d'un bâtiment qui ferme 30 mn avant la fin de notre cours à nous.

D'ailleurs, je me demande bien à quoi sert de pousser les tables, vu que j'ai déjà passée 3 h 30 sur ma chaise (vous suivez ?). La semaine dernière, le prof nous présente "brièvement" le cours (qui est déjà assez bref): ceci dit, en contrebalançant avec mon expérience théâtrale antérieure, j'ai trouvé ça intéressant car différent. Il nous a plongé de prime abord dans une situation concrète de jeu, lequel se limitera à un monologue, donc à une absence totale d'interaction avec mes camarades, ce qui n'est pas trop grave, car le nombre de participants masculins s'élève à un (jeune), depuis que les quelques autres mâles se sont rapatriés dans le 2è court ouvert de 16 h à 18 h (à moins, qu'effrayés par la perspective d'une interaction zéro avec les filles, ils se soient rapatriés chez eux), ce qui a également fait fuir ce bel étudiant en sciences politiques d'Istanbul, âgé de 34 ans, à qui je n'ai pas osé demander le numéro de téléphone la semaine dernière, alors que j'avais toutes les cartes en main, ce qui repousse une fois de plus la possibilité d'un voyage tant fantasmé au Bosphore...

Nous avons donc commencé à monologuer ce soir, présentant nos textes, à tour de rôle, dans l'ordre indiqué sur la liste du prof. Il a d'abord fallu trouver le texte. D'un côté, j'étais plutôt soulagée d'apprendre que je n'aurais pas à échanger de paroles, ce qui limite le stress engendré par une situation d'incompréhension. D'un autre, un peu paniquée de devoir d'abord trouver un texte qui soit jouable, excluant, pour des raisons que je trouve évidentes, le théâtre français traduit, ensuite, de le comprendre. Heureusement, le prof a laissé quelques bouquins au kiosque à journaux d'un café, ce qui m'a permis d'en sélectionner un texte d'un Wagner (Heinrich Leopold) du 18è siècle ; j'avais trouvé par ailleurs, avant cela, préférant jouer une scène du répertoire contemporain, un texte de la seule pièce qui me soit venue à l'esprit, à savoir une pièce américaine. Je me suis donc retrouvée ce soir partagée entre une jeune femme qui assassine son bébé et une vieille aigrie et sexuellement frustrée, issue des Monologues du Vagin. (Non, non, rien de salace dans le texte...). Arrive mon tour, je préfère parler du Vagin, pour des raisons de facilité linguistique : comme je m'en étais doutée, l'autre texte est bien plus jouable, mettant en scène une jeune femme qui sombre dans la folie, tue son chiard, le couvre de baisers qui ensanglantent son visage (Je pense prendre donc encore le temps de chercher autre chose...). Je lis donc le discours de cette pauvre vieille et, miracle, je ne vois que des visages radieux tournés vers moi ! Mon talent est-il reconnu ?, moi qui manque terriblement d'assurance, qui termine une phrase en m'apercevant que je ne comprends pas la suivante, qui fourche sur certains mots... Ou alors, est-ce bien ce que je crains : à la fin du cours, une jeune fille s'approche de moi et s'exclame que... j'ai un accent très agréable à écouter !

Voilà pourquoi je suis revenue à Hambourg : j'avais déjà compris qu'une musique enchantée sort de la bouche des Français. Quoi de mieux pour charmer un employeur, un banquier, un fonctionnaire des impôts... un homme, tout simplement. Heu... il est où, au fait ? 
Par Anne-Sophie G - Publié dans : Ma vie à Hambourg - Communauté : le texte voyageur
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 11 2008 14:16
L'an dernier, je suis arrivée à Hambourg en bus ; cette année, j'y suis retournée en train, comme je l'ai déjà évoqué. L'an dernier, j'ai trouvé un petit boulot de traduction du site Internet d'un organisme de séjours pour jeunes (destiné à n'être lu que par les personnes concernées) ; Cette année, c'est en toute logique que j'ai trouvé... un petit boulot de rédaction d'articles du site d'un magazine Internet -- comment on appelle cela ? -- (destiné à être lu par le plus grand nombre). Je vais donc devoir écrire des articles, destinés à un public masculin, traitant de sujets aussi divers que l'impact des couleurs vestimentaires sur les réactions hormonales des messieurs ; la "vidéo du moment" à montrer absolument à votre dernière conquête ; et tout de même tout ce qui est loufoque, bizarre, insolite... J'ai la chance de pouvoir traiter de ce que je veux, tant que cela reste dans la ligne éditoriale, ce qui me permettra de viser les sujets les plus élevés possibles. Je commence demain et dois fournir 3 articles dans la semaine. Si cela se passe bien, j'en aurai un peu plus ensuite. Je vous en reparlerai après avoir vérifié certaines conditions légales.

Je vous joins, au bas de cet article, le texte d'essai, non publié sur le site, qui m'a permis d'être embauchée. Je précise que l'on m'en a imposé le thème, j'aurai sinon traité de tout autre chose.  
 
A côte de cela, ce qui me permet de mettre du beurre dans les épinards un jour sur deux, je continue à tester le logiciel d'un dictionnaire électronique dans la petite société familiale où j'avais déjà travaillé ; c'est toujours un plaisir, mais on ne peut jamais savoir combien d'heures dans la semaine je peux travailler, ni combien de semaines encore cela va durer.

Bon, il faut par conséquent que je me trouve du boulot, d'autres boulots ; sans se presser. Je profite du temps que j'ai pour fignoler la danse de mes doigts sur le clavier et pour défendre le point-virgule menacé de dispartion.



Paris Hilton éconduite par les princes William et Harry.

Comment une jolie fille sexy, célèbre et au compte en banque bien garni peut-elle rentrer seule de discothèque ? C'est la mésaventure qui est pourtant arrivée à Paris Hilton le mercredi 15 octobre dernier, alors qu'elle passait la soirée dans un club londonien, le Wisky Mist.

La belle enluminée de ses plus beaux atours a d’abord jeté son dévolu sur Harry. Comme celui-ci reste indifférent à la présence de l'héritière de l'empire Hilton, Paris tente alors une danse sexy, sans succès : Harry lui serre poliment la main et s'éloigne. Il  a curieusement préféré passer le reste de la soirée en compagnie de sa petite amie, Chelsea Davy. L’héritière de l’empire Hilton a ensuite fait une tentative auprès du deuxième héritier de la couronne britannique, William. Hélas, la pauvre petite fille riche se désespère de n’avoir pas plus intéressé un prince mieux placé dans la succession au trône. À moins que celui-ci ne soit resté indifférent à ses charmes pour éviter les foudres de sa petite amie, Kate Middleton.

Même si elle est une "Fille lumière", Paris est donc restée dans l'ombre cette nuit-là. Ce n'était peut-être pas une bonne idée de se jeter sur deux frères, qui ne sont plus célibataires...

Par Anne-Sophie G - Publié dans : Ma vie à Hambourg - Communauté : papierlibre
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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 10 2008 01:11


C’est en train que je suis revenue dans le 2è port d’Europe, signe de ma progression sociale. Je n’ai d’ailleurs pas eu de mal à snober la gare routière en m’engouffrant dans le métro sur le même trottoir, je n’ai même pas pensé à la regarder… Trop d’arrivées au petit matin ensommeillée, à Hambourg ou à Paris, au Port d’ancrage ou au Ventre trop caressé, au Port où j’ai eu du mal à m’ancrer, que j’ai quitté pour un autre, que j’ai retrouvé en pensant à d’autres, que j’ai de nouveau quitté pour le Ventre que je n’avais pas vraiment quitté, qui m’a manqué et que j’ai retrouvé en quittant le Ventre qui ne me manque plus et auquel je serai toujours attachée... Il n’y a d’ailleurs pas lieu de différencier ici « métro » et « train », respectivement « U-Bahn » et « S-Bahn », puisque les deux sont à la fois aériens et souterrains. Je tourne le dos aux porte-conteneurs et file vers le Nord, 34 minutes où défilent jardins ouvriers et bosquets qui drainent golden retrievers, joggers et « nordic walkers ». Une brise douce et ensoleillée m’accueille lorsque je descends à Hoïsbüttel retrouver la maison quittée quelques mois plus tôt. Je chemine sous les aulnes, pousse la grille : comme l’an dernier, le pommier est chargé de fruits et, comme l’an dernier, Doerte remplit la cave de compotes. Ma chère Doerte m’accueille à bras ouverts, et j’ai l’impression de n’être jamais partie. Avec la vie nomade qu’elle a menée, elle est bien la dernière à me juger. Je m’installe dans la petite chambre et retrouverai la grande quelques jours plus tard, lorsque Markus se réinstallera dans son appartement en ville. Trop vite croisé ce gars-là, le colocataire idéal. Et maintenant, tout reste à faire : trouver un boulot et mon chez-moi, mais après l’automne : j’attends pour l’heure que les arbres flamboient, de voir le bal des mésanges et voltiger un petit écureuil malicieux.

 

Je la retrouve donc cette ville qui s’étire entre une mer du Nord exaltée et une Baltique apaisée. Ville où débarque 90 % de la quantité totale de thé distribué en Europe, où débarquent des herbes de Provence que j’aurais mieux fait de ne pas acheter – afin de m’épargner le riz au fort goût de lavande que je viens de manger ! – , où débarque le maté d’Argentine, qui jaunit les dents. Alors, avant de traquer les rares Darjeeling et de guérir mon émail, j’inaugure une nouvelle infusion méditerranéenne (et je ne sors plus sans ma brosse à dent !)… Il paraît à propos, puisque l’on parle de liquide, que le transport maritime, combiné aux effluves du Nord, affecte délicieusement certains vins. Je suis ici depuis 10 jours et Veronika, une Autrichienne d’Innsbruck rencontrée hier soir, a bien exprimé ce que je pourrais dire au sujet de Hambourg, « (elle) souhaite rester ici car (elle) n’aime pas la montagne ». Les esprits oppressés n’ont pas envie de voir d’obstacle entre eux et le ciel, plutôt la danse des nuages au bout de la rue, et ont besoin de sentir la vie derrière des murs suffisamment éloignés pour ne pas avoir peur de la rejoindre. Ou alors, Hambourg est-elle la promesse d’une main tendue venue de toutes les mers du monde ou une retrouvaille avec ma chambre de petite fille, dont je tapissais la moquette de bateaux en papier…

 

Dix jours, et déjà de jolis moments et de belles rencontres. J’ai participé hier soir à une soirée destinée aux nouveaux arrivants (bien sûr !, tous des anciens qui s’ennuient chez eux), organisée par l’intermédiaire d’un site Internet anglophone, Meetup, où je m’attendais à trouver une majorité d’anglo-saxons de tous bords, histoire notamment de me recharger en « positive attitude », vu que tout a l’air toujours facile pour eux ! D’après le site, la langue utilisée devait être l’anglais, ce qui m’a particulièrement motivée à venir. Sur le site était également indiqué le nombre de participants : 19 personnes, 4 hommes ; c'est-à-dire 15 paquets d’oestrogènes prêts à s’arracher les yeux, car tous venus pour la même raison. Trêve d'inquiétude, j’y suis allée confiante en mon avantage : la « french attitude ». Résultat : j’ai parlé anglais avec une voisine autrichienne et un voisin allemand, Andreas, à savoir une art-thérapeute et un philosophe, tous deux au chômage (pléonasme), qui ne vont hélas pas m’aider à trouver un job… Tiens, tiens, justement ce soir je vais aller pour la première fois à la Literaturhaus, où j’ai déjà rapidement mis le museau : sublime bâtisse, intérieur très cosy où l’on peut entendre des auteurs lire leurs œuvres. Je désespère d’avoir un jour le niveau pour comprendre. Ce soir, je serai donc assez larguée à la soirée philo organisée, à laquelle j’avais pourtant envie d’aller lorsque j’en avais entendu parler et à laquelle j’avais finalement renoncé. Ceci dit, c’est un bon prétexte pour embarquer mon voisin (la « french attitude », je vous dis !)… Il paraît d’ailleurs que les soirées de la Literaturhaus sont souvent bondées et qu’il vaut mieux réserver sa place. Mais comme tout le monde se fout de la philo, surtout quand elle déborde sur la politique, on achètera les places ce soir. Au fait, Andreas a vécu en Nouvelle-Zélande, transition toute trouvée pour vous raconter quelque chose qui n’a rien à voir : l’an dernier, j’ai vu un arbre à kiwis qui pousse dans le nord du pays, pas loin du Danemark ! ! ! Il s’est entortillé autour d’une canalisation, dans la cour de la boutique d’un réparateur d’appareils électroniques. Et j’en ai mangé un, tout bon, tout bon ! 
 

La semaine dernière s’est achevé Filmfest, qui a duré une bonne semaine. Un certain nombre de films y étaient présentés dans le cadre de compétitions. Notamment un, où ma copine Andrea voulait absolument m’embarquer, auquel j’ai renoncé suite au calvaire de l’avoir déjà vu : « Bienvenus chez les Cht’is ». Elle s’est d’ailleurs fait un malin plaisir de me faire savoir qu’il avait remporté le prix du public ! Elle-même a aimé le film. Et dire que Hambourg a la réputation d’être une ville cultivée… Quant à moi, j’ai vu « Bonjour Sagan », suivi de questions posées à Diane Kurys qui s’était déplacée pour l’occasion, alors que ce même jour la première partie était diffusée à la télévision française !, et le dernier film de mon idole japonais, Kurosawa, ce qui m’a empêché de reprendre les cours de nia chez Sportspass pour 8,25 euros par mois, avec accès à volonté à l’intégralité des activités dispensées ! Finalement, entre dépenser des sous ou des calories, j’aurai mieux fait de choisir la deuxième option… Tous les ans en septembre, on retrouve donc la même chose : les pommes et les fruits d’églantier, dont les graines fournissent le fameux poil à gratter et dont on en fait de succulentes confitures, qui mûrissent, Filmfest et Jazztrain : un samedi après-midi où des groupes s’installent dans les voitures des métros, avec saxo, batterie et contrebasse, ainsi que la foule qui ne vous autorise à danser que du gros orteil ; le Reeperbahn Festival, où mon nouvel ami Bernd, rencontré une heure plus tôt sur le trottoir, m’a embarqué écouter des perles d’Amérique dans un café minuscule, où l’on ne paye que la bière comme droit d’entrée. Café coincé entre les filles de la rue et les flics qui les regardent (de loin, bien sûr, seulement de loin), dans un quartier déversant des hordes de jeunes bourrés le samedi soir qui s’engouffrent dans le métro de nuit où ils vident leurs fonds de bouteille. On en retrouve les traces et les odeurs le dimanche, alors on supporte. A propos de flics indolents et d’alcoolisme, il est depuis peu strictement interdit à Hambourg de vendre de la bière en bouteille après 22 heures, celle-ci devant être versée dans des récipients en carton. On a constaté en effet une augmentation des coups et blessures dûs aux tessons de bouteilles, ce qui n’empêche aucun vendeur de transgresser la loi ! Ceci dit, dans une région où l'on est laxiste avec les règles, un piéton peut traverser au feu rouge en ne risquant que des remontrances, s’il le fait en présence d’enfants, alors qu’à Munich, quelqu’un m’a raconté avoir dû payer une amende de 5 euros ! Jeudi prochain, je vais donc enfin pouvoir reprendre mon fameux cours de nia – combinant techniques de relaxation, arts martiaux et divers danses – dirigé par un prof excellent, mais prof de nia car comédien au chômage. D’ailleurs, des envies de scène me titillent et, pour la première fois en 13 ans, je vais rejoindre un cours de théâtre en novembre ! Alors les fantasmes reviennent : c’est sûr, une Française a plus de chance de faire carrière à Hambourg qu’un Bavarois. La pratique du nia, c’est d’abord le plaisir de la danse, et l’envie de rejoindre une bande qui swingue un dimanche par mois devient plus forte que la crainte de revoir une histoire ancienne : je suis donc retournée danser le lindy hop sur Schulterblatt (le nom de la rue, qui signifie « omoplate » !) où Jan est toujours là… des sourires et des mots, puis la roue tourne... J’attendais donc sur le côté de faire connaissance avec l’homme de ma vie, lorsqu’un danseur esseulé m’a proposé de me tâter le dos : il nous aura tout de même fallu quelques minutes pour nous apercevoir que nous étions tous deux français ! Puis le jeune homme est parti…
 

Me revoici donc dans cette ville, dans un pays où je me sens l’âme d’une pionnière : les citoyens de l’ancienne Europe des Quinze ont le droit, depuis un à deux ans, de vivre et travailler librement dans un pays de l’Union. Il ne faut d’ailleurs pas se laisser impressionner quand quelques employés mal informés, de l’Arbeitsamt (agence pour l’emploi) ou d’ailleurs, vous demandent permis de travail et de séjour ! Me revoici donc dans une ville dont j’ai voulu partir, avant que ma boussole déréglée ne m’y reconduise. À ce propos, un Français qui a oublié de se taire m’a demandé un jour : « Pourquoi Hambourg ? Pourquoi pas Berlin ou Munich, là où sont tous les Français ? » Parce que les chemins de hasard doivent bien s’arrêter quelque part ; parce que la rencontre des lieux et des chimères enfantines décide du choix d’une ville ; parce que la force de l’eau attire les assoiffés d’espace, les noie puis les rejette à l’agonie dans un ciel balayé par le vent, promesse d’horizons différents ; parce que

 

Sur l’Elbe filent les cargos
Je me souviens de Valparaíso.

 

 

 


Par Anne-Sophie G - Publié dans : Ma vie à Hambourg - Communauté : Carnets-de-voyages
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